De l’inconvénient de l’écriture inclusive par Franck Tabourel

           Les auteur.e.se.trice.s de cet article se sont tout d’abord posé.e.s la question suivante : quel est le féminin de auteur.e.se.trice ? D’aucun.e.s préfèrent auteure, d’autres auteuse et certain.e.s autres encore, autrice.

           Avant toute chose, il est important de rappeler que la langue française comporte non pas deux genres, mais bien trois: féminin, masculin et neutre. Par exemple, dans la phrase « il est important », le pronom « il » est neutre, sinon nous aurions dû écrire « il.elle est important.e ». Or le neutre a été phagocyté par le masculin et, bien souvent, il est  confondu.

            Les mœurs évoluent rapidement en occident, ne nous en plaignons pas, et les féministes se sont insurgé.e.s (il existe également des hommes féministes, ne les oublions pas) et revendiquent partout la place des femmes. Nous sommes plus que favorables à l’égalité des salaires, à l’égalité devant les tâches ménagères, à la féminisation des noms de métiers, et bien d’autres choses encore mais, de grâce, Messieur.dame.s, n’écorchons pas la langue française, soyez gentil.le.s, ne succombons pas à cette maudite mode.

           Les hommes ne sont que des hommes, alors que les femmes sont des femmes, mais également des hommes : en croyant, avec une telle réforme ajouter quelque chose, peut-être se mettraient-t-elles à égalité avec les hommes, mais elles se retireraient une singularité qui est un plus.

           Une amie, un jour, se plaignait que, lorsqu’elle voulait s’habiller en costume masculin dans son entreprise, elle n’avait guère de choix, je lui fis remarquer que c’était là le lot de tous les hommes, alors qu’elle avait, devant elle, tout l’éventail des vêtements féminins. Les femmes ont tout à perdre à trop vouloir imiter les hommes

           Bernard Pivot faisait remarquer que, si on dit que Colette est une des plus grandes écrivaines, cela signifie qu’elle est grande parmi les femmes qui écrivent, alors que si Colette est un des plus grands écrivains, elle est grande parmi les femmes et les hommes. Là, écrivain est masculin, mais également neutre.

           Peut-être doit-on alors écrire « Colette est un.e des plus grand.e.s écrivain.e.s », mais ça ne se dit pas, ça ne se prononce pas…

           Une question me taraude ; l’écriture inclusive s’adresse-t-elle également aux animaux.ales ? Doit-on bannir les cochon.truie.s pour ne parler que des porcin.e.s, remplacer les chevaux.juments par les équidé.e.s, les chèvre.bouc.s par les caprin.e.s ? Ou uniquement aux homme.femme.s (là, on doit dire humain.e.s) ? Auquel cas, cela signifie que nous mettons l’espèce humaine au-dessus du lot, nous prenons-nous pour des dieux.déesses? Tout cela implique bien plus que la langue française, les philosophes doivent se mettre de la partie…

           Dans les deux cas, j’y perds mon latin.

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